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première scierie, qui résista un demi-siècle aux risques omniprésents d'incendie, fut
celle construite par Monsieur Étienne Michaud, en 1891. Aidé de ses fils, Achille,
Théophile et Gonzague, cette scierie opérait sous la raison sociale de "Michaud et
frères". Finalement, Monsieur Achille Michaud en devint l'unique propriétaire. 
La scieure de bois et les résidus
ligneux servaient à alimenter l'impressionnante fournaise de la bouilloire cylindrique de
cinq mètres de long par deux mètres de diamètre. Une immense cheminée de trente
mètres de hauteur aspirait la fumée dégagée par la combustion. Un système
d'injecteurs contrôlait le niveau d'eau de la bouilloire, eau qui était pompée
directement de la rivière. Un conduit de quinze centimètres amenait la vapeur à un
moteur à piston unique d'une puissance de 150 c.v. Un système compliqué de courroies et
de poulies aux différents diamètres calculés avec précision et sis dans la cave du
bâtiment en bois, actionnait la machinerie à scies circulaires située à l'étage
supérieur.

Le débitage du bois se faisait à l'aide
d'un chariot monté sur rail et pourvu de crochets pour maintenir les billes en place. Un
système d'embrayage entraînait le chariot vers la grande scie à dents rapportées, qui
au contact de la bille, émettait un bruit fort strident. À l'aide d'un bras de levier,
le scieur ramenait le tronc à l'épaisseur nécessaire pour obtenir soit la planche ou le
madrier, sans omettre de calculer l'épaisseur du trait de scie d'environ 9/32 de pouce.
Cette opération s'exécutait sur les exigences du client, soit les cultivateurs, soit les
marchands de bois.
La phase suivante
consistait à engager la planche dans une machine à rouleaux et à scies mobiles pour
enlever l'écorce sur les côtés de la pièce. À l'autre extrémité, un manuvre
déposait cette même pièces sur des chaînes à crans qui la transportaient vers deux
scies opposées l'une à l'autre, afin d'en couper les bouts à angle d'équerre et à la
longueur désirée. Chaque planche était marquée sur des feuilles de toise, en fonction
de sa longueur, largeur et épaisseur. Finalement, le produit fini sortait du moulin, en
glissant sur des rampes, pour être empilé selon son épaisseur et sa largeur. À noter
qu'à cette époque, tout le charroi du bois s'opérait par la seule traction animale.

En 1937, Monsieur
Élisée Michaud se porta acquéreur de la scierie qui fut la proie des flammes en 1942,
suite à la surchauffe d'un support d'arbre de transmission. Le brassage de l'air
provoqué par la vitesse de rotation des courroies et des poulies répandit les flammes
dans la scieure à la vitesse de l'éclair et en quelques minutes, tout le bâtiment ne
fut plus qu'un immense brasier. Monsieur Michaud s'en sortit avec de graves brûlures aux
mains, au visage et au corps.
Encore couvert de
pansements, il se rendit à Joly de Lotbinière, acheta trois vieux moulins et sur le site
même de l'ancienne scierie, il réussit à en ériger une nouvelle, beaucoup plus
performante que l'ancienne, en l'espace de trois mois. Pourvu d'un monte bille et ayant
aménagé une écluse sur la rivière pour en contrôler le niveau, le flottage du bois
libérait une grande surface de terrain et apportait beaucoup plus d'espace pour le
stockage du bois.
L'apparition graduelle du
camion força Monsieur Michaud à perfectionner son équipement, en apportant, notamment
des machines à scies groupées et deux moulins à bardeaux e cèdre. Cette scierie, avant
sa vente à "Fortin et Vaillancourt" en 1955, pouvait scier plus de quatre
millions de pieds de bois par année, en fournissant du travail à environ 25 employés.
Durant l'hiver 1955-1956,
les nouveaux acquéreurs décidèrent de modifier tout le mécanisme de la scierie
espérant conserver le même rythme de production tout en éliminant une douzaine
d'employés. Comme quoi la rationnalisation n'est pas un phénomène nouveau. Ce fut la
catastrophe et ils durent déclarer faillite deux ans plus tard.
Après bien des arias
judiciaires, Monsieur Élisée Michaud put récupérer sa propriété qu'il revendit à
Monsieur Martin Dionne en 1958. Ce dernier, avec un courage et une détermination hors du
commun, réussit à rentabiliser son entreprise à l'aide d'une douzaine d'employés et
une production annuelle réduite à environ 1, 500,000 pieds de bois. La diminution
accélérée des réserves forestières accula Monsieur Dionne à la fermeture en 1975.
Cette scierie, démolie
depuis l'époque, était sise sur le versant nord de la rivière du nord de la rivière du
Sud-Ouest, à environ 150 mètres de la 7ième avenue actuelle. Dès les
premiers débuts de sa construction, en 1891, par Monsieur Étienne Michaud, elle donna le
nom de "Faubourg du moulin" à la partie du village où elle était située.
D'autant plus qu'il exista un autre moulin à scies du côté nord-est du Lac de la
Station, un moulin à planes rotatives au sud du chemin de fer en diagonale avec la gare
du Canadien National, et un autre moulin, à farine, celui-ci, du côté sud-est du pont
de la rivière.

Encore de nos jours, l'on
à peine à comprendre comment ces hommes, avec seulement quelques années d'études
primaires, ont réussi, avec autant d'ingéniosité, à bâtir et à calculer avec
précision la rotation exacte de tout ce complexe de poulies et de scies et faire
fonctionner ces équipements pendant toutes ces années. Nous ne pouvons que leur dire:
BRAVO !
Texte et photos: Hervé
Michaud Saint-Fabien
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