La grange octogonale Adolphe Gagnon

Conférence offerte par Danielle Dufresne

Coordonnatrice Culture et Patrimoine

pour la MRC de Rimouski-Neigette

 

INFORMATIONS BRÈVES SUR QUELQUES MEMBRES DE LA FAMILLE

Adolphe Gagnon nait en 1835 et décède à 54 ans en 1889

Angèle Soucy nait en 1842 et décède à 86 ans en 1928

Un de leurs fils Charles nait en 1867 et décède à 82 ans en 1950

Son épouse Florentine Desrosiers nait en 1875 et décède à 81 ans en 1956

Charles Junior, un de leur fils, petit-fils de Adolphe et Angèle nait en 1898 et décède à 93 ans en 1992 à Rivière-du-Loup.

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INTRODUCTION                                        

Bonsoir, je considère comme un honneur d'avoir été invitée pour vous parler ce soir de notre grange octogonale. Je reste cependant bien convaincue que plusieurs personnes présentes ici ce soir pourraient vous en parler beaucoup mieux que moi car, elles ont été, tout au long de notre processus, de véritables sources d'inspiration. C'est leur travail, et leur détermination à conserver bien vivant cet aspect de notre de notre héritage, qui m'a acheminé vers vous. Alors je tiens à remercier les membres de la société St-Jean-Baptiste de Saint-Fabien pour m'avoir sensibilisé à l'importance de ce bien patrimonial qu'est la grange octogonale Adolphe Gagnon.

Je vous entretiendrai d'abord de différents aspects techniques de la grange, c'est à dire les propriétaires, l'architecture, les prix agricoles. La grange porte le nom de Adolphe Gagnon le constructeur et premier propriétaire mais son épouse, dame veuve Adolphe Gagnon, Angèle Soucy de son vrai nom, a su mériter les honneurs grâce à son propre labeur. Au fur et à mesure que j'avançais dans la préparation de cet exposé, je me suis aperçu que Angèle Soucy n'était pas la seule femme à avoir joué un rôle actif dans la vie agricole de St-Fabien et dans celle du BSL. C'est après cette constatation que j'ai décidé de vous faire part, en deuxième lieu, de quelques réflexions concernant les femmes et l'agriculture à la fin du XIXe siècle et au début du XXe.

Enfin, pour terminer cette rencontre et avant de vous laisser poser vos questions et émettre vos commentaires, nous ferons un retour dans notre temps pour faire le point sur ce qui a été accompli pour qu'elle ne soit pas démolie et par extension essayer d'évaluer ce que nous pouvons entreprendre pour lui redonner une seconde vie.

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LA GRANGE ET SON CONTEXTE      

La grange octogonale de St-Fabien a été construite en 1888 par Adolphe Gagnon agriculteur, M. Fournier charpentier et l'abbé Audet, curé de St-Fabien. Il existe à cette époque au Québec quelques granges octogonales mais la nôtre semble être la seule inventoriée qui possède deux ponts inclinés ou garnauds, donnant accès aux troisième et quatrième niveaux. L'idée des granges polygonales i.e. à plusieurs côtés a été popularisée d'abord aux États-Unis autour des années 1830. L'agriculture américaine est en pleine période de transformation et les fermiers de l'Est des États-Unis, désireux d'y apporter des innovations décident d'ériger des granges circulaires surtout octogonales, prétextant qu'il en coûterait moins cher pour élever ses murs. Mais c'est seulement en 1880 que cet initiative américaine intéresse les fermiers canadiens-français et en 1885, les premières granges polygonales sont construites chez-nous. Au Québec, Yvon Provost effectua en 1982 un inventaire complet de ces bâtiments et il dénombra 11 granges-étables rondes, 24 à multiples côtés dont 22 octogonales, 1 à 12 côtés et une dernière à 14 côtés.

D'après cette étude de Yvon Provost réalisée pour le ministère des Affaires Culturelles du Québec, les granges à 8 côtés sont principalement construites par les francophones et les granges rondes surtout par les populations anglophones. À la fin du 19e siècle et jusqu'en 1930 ce type de construction était assez commun sans pour autant devenir à la mode. Il avait eu la cote auprès de certains agriculteurs du Québec, de l'Ontario et des États-Unis. Les opinions étaient partagées entre les avantages et les inconvénients d'une telle construction. Ceux qui les ont construits vantaient surtout la capacité d'utiliser plus adéquatement l'espace intérieur, même si la technique de construction nécessitait plus de bois qu'une grange traditionnelle. Cependant leurs descendants qui ont eu à les utiliser de nos jours, disent que si c'était à refaire ils préféreraient construire une grange de forme traditionnelle rectangulaire. La rumeur publique se répandait en disant que les fermiers voulaient ces granges car ils savaient que le diable ne pouvait pas se cacher dans les coins.

Notre grange a donc 8 côtés, elle est grande, elle présente quatre étages ou niveaux, chacun avec une fonction propre.Au niveau du sol, celui le plus bas, les trois constructeurs ont installé la cave à fumier.

Au rez-de-chaussée, on retrouve l'étable au centre avec les crèches alignées les unes à côté des autres. Dans les coins on installe une écurie et une tasserie pour le foin. Des trappes étaient installées au plancher pour permettre de jeter le fumier. Toujours au rez-de-chaussée, du côté ouest, on trouve une bergerie et du côté est, une remise pour les équipements. Trois entrées permettent d'accéder à cet étage directement par une dénivellation du sol.

Au premier étage il y a une batterie, cependant, je ne crois pas qu'elle servait aux ados qui voulaient pratiquer leur musique rock. Ce serait davantage un lieu pour ranger la batteuse-moissonneuse. On y accède par un pont incliné ou un garnaud qui s'ouvre sur un espace très vaste à l'ouest de l'étage.

Au deuxième étage, deuxième pont incliné qui faisait justement l'originalité de cette grange , ce garnaud donne directement sur le fenil, l'endroit où on entrepose le foin.

La charpente est construite selon la méthode de tenonmortaise. Les murs sont faits avec du bois de sciage et les pièces de bois sont équarries à la hache. Cette méthode de construction qui nous apparaît originale de nos jours est celle qui était en vigueur dans ces années-là.

Notre grange octogonale tient donc de son originalité par ses 8 côtés, ses deux garnauds, l'ampleur de sa superficie offrant des salles spacieuses et pratiques, bien définies pour le rangement des instruments aratoires, du foin et des animaux de ferme. Pour l'an 1888, elle symbolise le modernisme et l'avant-garde des agriculteurs, des charpentiers et du curé Pierre-Célestin Audet. En bref, les avantages qu'elle offrait étaient les suivants:

Solidité et résistance aux vents

Une réduction de la surface des murs extérieurs

Facilité pour engranger le foin

Facilité de descendre ou de monter le fourrage

Facilité de ventilation

Salubrité des planchers en ciment

Logement d'un plus grand nombre de têtes dans un espace restreint

Il s'agit d'une construction conçue en fonction de l'amélioration des troupeaux, pour une économie de temps et d'argent.

À la fin des années 1890 et au début des années 1900, quelques nouvelles familles arrivent, plusieurs quittent pour les États-Unis, certains commencent à voir grossir leur cheptel et devenir prospère. Il y avait en somme beaucoup de mouvement. Souvent quand on pense à une société figée, des grosses familles installées une fois pour toute dans une maison qui s'agrandit au fur et à mesure que naissent les nombreux enfants mais cette situation bien que réelle ne présente pas l'ampleur de la diversité car, nos ancêtres tant du milieu rural que du milieu urbain s'organisent pour améliorer leur qualité de vie et aller là où le travail et le développement étaient possible. Alors s'il sentait une promesse de vie meilleure ailleurs, partir pour Boston, Chicago, ou Montréal avec le ménage et les enfants était assez commun.

St-Fabien aussi était en effervescence, avec le curé Audet, l'église est agrandie, les cloches neuves sont installées dans un nouveau clocher, et un village commence à prendre forme peu à peu autour de l'église traçant le chemin pour la zone de peuplement actuel de St-Fabien. L'agriculture était un sujet d'ailleurs très d'actualité à cette période de notre histoire qui a vu naître les premiers agronomes professionnels. L'industrie laitière était en plein essor au Québec et le mouvement des coopératives agricoles s'organisait de plus en plus pour favoriser les ventes, les achats et la formation agricole de toute une génération. Le milieu rural du début du 20e siècle à St-Fabien se spécialise, par conséquent la construction de bâtiments de ferme plus vastes et plus efficaces devient nécessaire. La concurrence et les échanges avec les États-Unis sont facilités par le développement des moyens de transport. En d'autres mots le modernisme frappe à notre porte.

La localité de St-Fabien fut longtemps considérée comme une paroisse essentiellement agricole. En 1878, soit dix ans avant la construction de la grange octogonale, St-Fabien compte 250 agriculteurs comparativement à 114 à St-Simon. La plupart des ancêtres colonisateurs de la paroisse venaient des comtés de L'Islet, de Kamouraska et de Rivière-du-Loup qui commençaient à manquer de terres pour recevoir de nouveaux colons. Ces agriculteurs et leurs familles, venus d'ailleurs mais implantant rapidement leur racine dans notre contrée, sont fiers et vaillants et reçoivent des récompenses honorifiques du Concours du mérite agricole du Québec. Ce concours provincial s'étend de Nicolet à Gaspé, zone comprenant plus de seize comtés. Les buts du concours annuel étaient de valoriser l'agriculture, d'encourager les cultivateurs par des honneurs et de donner une certaine publicité pour les exploitations les plus valables. Les agriculteurs exposaient leurs meilleures et plus belles bêtes, et présentaient leurs statistiques et leur rendement.

En 1892, un diplôme de très grand mérite agricole et une médaille d'argent sont accordés aux agriculteurs qui obtiennent au moins 85 points sur 100. Sur les 20 finalistes de 1892, 4 sont de St-Fabien dont dame veuve Adolphe Gagnon qui reçue, en plus de la médaille un rapport élogieux des juges qui va comme ceci:

La grange de forme octogonale qui comprend l'étable, l'écurie, la bergerie, la chambre à harnais et cave à fumier est certainement la plus complète que nous ayons rencontrés sous tous les rapports. Le déchargement du foin et du grain se fait du faîte avec la plus grande facilité et vitesse que l'on puisse désirer: C'est une grange modèle.

Il convient ici de souligner que la première fromagerie de St-Fabien était située sur la terre d'Adolphe Gagnon. De 1892 à 1974, 18 cultivateurs de St-Fabien ont reçu cette honorable distinction qui rejaillit sur nous aujourd'hui et nous rend fiers de nos origines terriennes.

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LES FEMMES EN MILIEU RURAL   

Angèle Soucy, veuve de Adolphe Gagnon continue de faire progresser sa ferme et emporte des prix d'excellence. Elle n'était pas la seule femme à s'impliquer activement dans les activités variées du monde rural. Nous savons qu'aujourd'hui les femmes d'agriculteurs sont considérées comme agricultrices. Elles se sont battues pour que leur labeur autant à l'intérieur qu'à l'extérieur de la maison soit reconnu. Mais à l'époque d'Angèle on prenais pour acquis les tâches effectuées par les femmes et il est juste de dire que notre reconnaissance d'aujourd'hui , même encore fragile, existe grâce à la patience et à la détermination de certaines de nos ancêtres. Je tenterai donc, dans les prochaines minutes, bien qu'imparfaitement, de vous raconter, un peu de l'aventure de ces femmes en agriculture.

Permettez-moi, question de vous mettre en contexte, de vous lire un petit texte écrit par l'abbé Grégoire Riou en 1933 sur la vie à la campagne. Portez bien attention à sa description.

Le travail des bœufs attelés était la seule force mécanique. Le bois de construction ne coûtait que le temps et la force musculaire des hommes. Ils bâtissent de solides maisons bordées de larges haies de pin et de cèdre.Le potager fournissaient le garde-manger de légumes juteux. Les fruits sauvages emplissaient des sceaux à bois. Les confitures garnissaient la dépense. La boucherie comblait les tinettes et les jarres de morceaux de porcs. Les viandes de bœuf et de volailles étaient préparées lors de la venue de l'hiver qui constituait le seul entrepôt frigorifique. Que de cretons, de boudins, de tourtières ainsi conservés dans des plats, furent engloutis par les estomacs de ces travailleurs. De plus, le sol permettait avec son lin à fleurs bleues de briquer des tissus. Les moutons voyaient leur chaudes toisons habiller les heureux propriétaires de la maisonnée. Le rouet, le dévidoir, le cannelier, le métier à tisser formaient une fabrique de beaux lainages colorés avec les écorces de nos bois. On travaillait grandement. Les herbes divulguaient leurs secrets médicinaux pour arrêter les maladies bénignes.Tout semblait sortir comme par magie!

Avez-vous remarqué? Tout semblait sortir comme par magie!   Il énumère les fruits, les objets, la nature sans faire une seule fois mention des femmes qui ont fabriqué tout cela. Eh bien non! Monsieur le curé ce n'est pas la magie ni une quelconque force surnaturelle qui produisait tout ce que vous décrivez avec tant de charmante poésie; c'est le travail quotidien des femmes. Leur travail à l'extérieur et à l'intérieur de la maison. Sans jamais prononcer le mot femme il décrit une grosse partie de son labeur. Quand je vous disais que le travail des femmes était pris pour acquis et non reconnu, nous en avons ici un bel exemple.

Savez-vous que même dans les années 1800 ou 1900, les femmes existaient déjà, il y en a même qui vont jusqu'à dire que les femmes étaient là au tout début de la création...Il faut, cependant en faire un acte de foi car quand on recherche des preuves historiques de leur présence on a de la difficulté à en trouver. J'exagère à peine! Pourquoi? Parce que les analyses du passé se font presque toujours à partir de documents écrits, de témoignages, de vestiges et les femmes par leur appartenance à la sphère de la vie privée n'ont pas laisser beaucoup de traces. Pour faire leur histoire il faut savoir lire entre les lignes et attendre le moment où elles se sont regroupées et organisées. Les femmes dans l'histoire de notre région ont été des pionnières, des éducatrices, des agricultrices, des productrices, des ouvrières, des soignantes mais tout ceci allait de soi dans leur rôle de mères et d'épouses. Elles ont, sans contredit, contribuées au développement de leur communauté et de leur région.

Dès 1915, certaines femmes vivant en milieu rural on décidé de se regrouper et de mettre en valeur leur savoir-faire. La création de ces Cercles de Fermières favorise la rencontre exclusive des femmes entre elles pour la réalisation de projets communs. Elles échangent leurs savoir sur diverses pratiques utilisées dans la maison, dans le jardin, sur la terre, pour les enfants. Elles s'intéressent aussi à embellir et à améliorer leur environnement familial. La fabrication de ces réseaux qui sortent du cadre habituel du cercle familial suscite de nouvelle solidarité et permet l'émergence de figures féminines qui s'illustrent elles-mêmes. Aujourd'hui ce travail des Fermières est qualifié d'artisanat mais il sauvegarde des techniques et des pratiques liés au savoir-faire traditionnel des femmes.

Par exemple, quand on parle des savoir-faire traditionnels des hommes on fait référence au forgeron, à l'ébéniste, au maréchal ferrant ou au charron, des métiers qui sont aujourd'hui presqu'entièrement disparus. Les Cercles des Fermières ont permis et permettent encore de préserver tout un pan du mode de vie des femmes de notre passé. Certains analystes considèrent que le mouvement coopératif au Québec a vu le jour grâce au décloisonnement du travail des femmes, c'est-à-dire passant du privé au public, car ce travail était basé sur la mise en commun, la solidarité et l'entraide. Le modèle de gestion économique domestique ( dans les maisons et pour l'organisation des familles ) développé par les femmes est un des éléments qui influença la mise sur pied du système coopératif Québécois

C'est un peu pour rendre hommage à Angèle Soucy que je me suis permise de vous parler très brièvement des femmes en milieu rural. Pour tenter bien humblement de leur donner la place qui leur revient dans le sentiment de fierté que nous ressentons devant l'ampleur de la tâche qu'à effectué nos ancêtres, pères et mères. Trop souvent on a tendance à croire qu'en parlant toujours au masculin on inclut les femmes. Je pense qu'il est important de spécifier le féminin et le masculin car sinon on oublie qu'elles ont eu une participation active à la construction de notre monde. Ce n'est pas vrai que le monde dans lequel nous vivons est une réalisation exclusivement masculine. Ce n'était pas vrai dans le passé et ce n'est pas vrai encore aujourd'hui. Angèle Soucy et ses compagnes ont contribué à la sueur de leur front au développement de notre communauté et du monde, et nous continuons à le faire aujourd'hui.

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TÉMOIN DU PASSAGE DU TEMPS    

En 1986, La société St-Jean-Baptiste de St-Fabien achète la grange octogonale afin d'en assurer la conservation et la mise en valeur tout en souhaitant l'intégrer dans un plan de développement touristique pour St-Fabien. En 1996, Gaston Martin, architecte, est embauché pour faire l'analyse et l'inspection de l'état de la grange. Il suggère que les travaux soient effectués en tentant de conserver, autant que faire se peut, l'intégrité de ce modèle de bâtiment qui représente la vie agricole du 19e siècle. Le temps a fait son œuvre et la grange a besoin de beaucoup d'attention. Malheureusement, les lambris des murs extérieurs sont vieux, toutes les ouvertures sont à remplacées, le recouvrement du toit est à démolir et à remplacer, le plancher est en mauvais état. Cependant la charpente principale en bois est solide. Si nous souhaitons la réhabiliter il nous faudra tenir compte des considérations de l'architecte avant de décider ce que nous en ferons. Car malgré la restauration nécessaire, notre grange nous offre des possibilités de développement fort intéressantes. C'est aussi ce que croyait notre fière société St-Jean-Baptiste. En 1997, une consultante en patrimoine et en muséologie, Francine Chevrier, fut embauchée pour faire des recommandations pour l'élaboration d'un concept d'interprétation et de mise en valeur de la grange Adolphe Gagnon.

La première constatation de madame Chevrier est l'urgence d'intervenir sur la grange. Elle constate que les membres de la Société St-Jean-Baptiste parent, magnifiquement, au plus urgent, comme certaines réparations sur la bâtisse, l'ameublissement du terrain, l'ensemencement de la pelouse, la clôturation du terrain, mais à cause du degré de détérioration de la grange elle recommande d'agir vite. Conséquence de toutes les démarches entreprises par le milieu, en 1998, la municipalité de St-Fabien décide d'officialiser son intérêt pour l'avenir de la grange et accepte de la citer et par ce geste de l'inscrire dans le Registre des biens cultures du Québec. Cette citation certifie aux personnes intéressées que dorénavant ce bâtiment doit être conservé en bon état. Nul ne peut l'altérer, le restaurer, le réparer ou le modifier de quelque façon que ce soit sans avoir obtenu un permis municipal. Évidemment il n'est plus question de la démolir sans diverses autorisations. Un grand pas venait d'être franchi.

J'entends vos pensées, vous vous dites pourquoi faire vite si la grange est finie, pourquoi se donner tant de mal pour une vielle grange défraîchit et quasi-inutile.

Je pourrais vous répondre qu'il faut la conserver parce que monsieur Provost dans son étude de 1982, la qualifie de site exceptionnel, d'une valeur didactique supérieure. Il a écrit dans son rapport qu'elle est un des meilleurs exemples de la grange-étable octogonale et une réussite sur le plan formel.

Mais à vrai dire ce n'est pas cela que j'ai envie de vous dire, car ce genre d'arguments n'est utile que pour les mordus inconditionnels du patrimoine. Ce que je désire vous transmettre, comme raison de ne pas démolir la grange et de nous aider à lui donner une seconde vie, c'est parce qu'elle représente un mode de vie maintenant terminé. Elle nous parle d'une époque où nos grands-pères et nos grands-mères ont déposé nos propres racines dans cette terre labourée. Une période ou le labour en semence, de semence en récolte, de camp de bois en maisons modernes, de chemin de terre en routes asphaltées, de surface boisée en terre cultivée, ils et elles ont édifiés ce que nous sommes devenus aujourd'hui. Laisser tomber la grange octogonale est faire disparaître définitivement un témoin de la vie des pionniers et des pionnières qui nous ont transmis la fierté d'être né ou d'avoir choisi de vivre et d'élever nos enfants à St-Fabien.

Nous savons qu'il est impossible d'arrêter la course du vent, mais le temps peut être un allié, c'est nous qui décidons de l'orientation qu'il prendra sur nos vies collectives ou individuels. Quand vous décidez de conserver vos photos de famille et vos bijoux qui un jour seront devenus vieux et parleront de vous à vos petits-enfants, vous vous assurez ainsi une présence dans les souvenirs de vos descendants, vous vous offrez une portion de l'éternité. Rappelez-vous, lors du déluge du Saguenay ce qui peinait le plus les sinistrés était de voir disparaître leurs souvenirs, ce qui représentait l'histoire et la vie de leurs familles, ils souffraient de perdre tout ce qui racontait leur passage dans le temps. Ces familles auront maintenant le sentiment qu'elles existent depuis quelques années seulement et quand partiront, pour le grand voyage, les témoins vivants de leur passé, il ne restera plus rien pour leur rappeler qu'un jour des pères et des mères ont vécues pour leur ouvrir un chemin. Il ne restera que la mémoire qui comme vous le savez demeure très fragile et surtout terriblement sélective.

Les témoins du passé sont de plus en plus rares c'est pour cette raison qu'il m'apparaît fondamental de sauver la grange octogonale de la démolition et de la dégradation constante. Vous avez bien compris qu'il ne s'agit pas de s'apitoyer sur un présent fade, face à un lointain passé extraordinaire. Je n'ai pas l'intention de vous dire que tout ce qui a été vécu il y a 100 ans et plus était la vie merveilleuse et qu'il faudrait y revenir à tout prix. Non, je dis simplement qu'il faut épousseter les traces du temps qui passe et réaliser le mystère de l'éternité à travers le respect et la provenance dû à nos richesses d'antan.

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LORSQUE LE RÊVE S'ACCROCHE À LA RÉALITÉ

Alors que ferons nous de la grange?

Nous pouvons l'utiliser pour en faire:

Un centre d'interprétation de la vie agricole en y exposant divers instruments oratoires,des panneaux explicatifs de l'évolution des procédés et des techniques des descriptions de styles architecturaux des bâtiments de ferme accompagnés de photos.

Peut-être pourriez-nous y insérer :

Un marché à fleurs avec une boutique de produits agro-alimentaires de notre région.

En somme nous pourrions réaliser un centre qui interprète, présente et rend hommage aux caractéristiques de la vie rurale.

Quelque soit l'idée qui sera retenue, il nous faudra du temps pour bien préparer notre dossier et ainsi pouvoir aller le présenter à diverses instances de financement et d'appui. Il nous faudra surtout la complicité des résidents et résidentes de St-Fabien et des alentours. Sans votre adhésion, votre participation et votre encouragement, aucun bailleur de fonds ne s'intéressera à notre projet, aucun conseil municipal acceptera d'investir un peu d'argent et personne ne se mobilisera pour concrétiser notre idée.

Au contraire, si vous êtes nombreux à nous soutenir dans notre démarche de développement, St-Fabien pourra s'enorgueillir un jour d'avoir sauvé une grange modèle et originale, témoin du passé et de lui avoir insufflée une nouvelle mission, une seconde vie, Nous pouvons faire en sorte que dans quelques années les visiteurs auront une excellente raison de s'arrêter davantage dans notre village et de permettre à tout et chacun de profiter de l'abondance que nous offre le potentiel architectural et historique pour notre industrie touristique.

Tous les projets, les petits comme les grands, prennent vie ou meurt, cela ne dépend que de nous.Manifestez dès aujourd'hui votre intérêt auprès des membres de la Société St-Jean-Baptiste de St-Fabien, ils seront très heureux de vous accueillir.

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CONCLUSION                       

En terminant j'aimerais vous dire que tous les beaux gros manoirs bien conservés que vous visités lorsque vous êtes en vacances, les moulins à farine, les phares, les ponts couverts, les musées installés dans les vielles écoles de rang, les vieux palais de justice devant lesquels vous prenez de magnifiques photos en souvenir de votre voyage, toutes ces belles choses ont un jour été en état avancé de détérioration. Des citoyens et citoyennes ont décidé de les prendre en main, de travailler, de faire des démarches et aujourd'hui de les offrir au public pour notre plus grand plaisir. La lourdeur de la tâche et le temps que cela prendra devient secondaire quand on pense aux résultats que nous obtiendrons.

Toutes les belles choses prennent du temps à se créer. Vous avez sans doute le goût de m'objecter des critères de rentabilité, mais sachez que la culture historique est une réponse digne et viable face aux critères de développement économique tout en contribuant à l'amélioration de la qualité de vie de l'ensemble de la population.

Investir dans la culture, en supportant les initiatives des gens dynamiques de votre communauté, vous permettra d'inscrire votre municipalité dans un courant moderne de développement basé sur la mise en valeur du capital humain. Ce 21e siècle qui débute nous offre des opportunités de créer des nouveaux modes de fonctionnement. La culture s'inscrit dans cette démarche et propose des réponses cohérentes, rassembleuses et rentables pour tous ceux et toutes celles qui oseront s'y intéresser sérieusement.

Alors il y a de l'espoir, puisqu'il y a de la vie!

Merci beaucoup de votre attention.

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SOURCES BIBLIOGRAPHIQUES 

CHEVRIER, Francine, La grange octogonale de St-Fabien (1888), données préliminaires et recommandations pour l'élaboration d'un concept d'interprétation et de mise en valeur, Rimouski, 1997

COHEN, Yolande, Femmes de paroles, l'histoire des Cercles de fermières du Québec 1915-1990, le Jour éditeur, Québec, 1990

COULOMBE, Marielle et al., Histoire de Saint-Fabien 1828-1978, Corporation municipale de St-Fabien, Québec, 1978

MARTIN, Gaston, Architecte, rapport d'étude, Rimouski 1996

SEGUIN, Robert-Lionel, Les granges du Québec du XVIIe au XIXe siècle, Musée national de l'homme

VACHON, Bernard et al., Le Québec rural dans tous ses états, Boréal, Québec, 1991

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